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La grande-duchesse Anastasia a-t-elle réellement survécu à l’assassinat de la famille Romanov?

8 Juil 2020

 

 

Décryptons la légende sur le sauvetage miraculeux de la fille de Nicolas II, qui aurait échappé à l’exécution de sa famille.

Qui a créé la légende sur Anastasia ?

Nous ne pouvons pas dire avec certitude pourquoi exactement Anastasia a été « choisie » par les ragots publics, mais probablement parce qu’elle était la plus jeune fille de l’empereur Nicolas II et d’Alexandra Fiodorovna. Née en 1901, elle était la quatrième fille de la famille, et ce n’est qu’après elle, en 1904, qu’est venu au monde Alexis, l’héritier tant attendu.

Alexandra et ses filles Tatiana et Anastasia
Domaine public

Il n’existe aucun récit clair ni aucune preuve écrite que quelqu’un en particulier ait créé cette légende. Dans l’histoire russe, il y a eu de nombreux imposteurs s’étant présentés comme des membres de la famille impériale miraculeusement sauvés : il y a eu trois faux Dmitri (tous s’étant fait passer pour le fils d’Ivan le Terrible), et Emelian Pougatchev, le révolutionnaire cosaque des années 1770, qui a prétendu être Pierre III, qui aurait donc échappé à son assassinat.

Quelles ont été les circonstances de la naissance d’Anastasia ?

Avant la naissance d’Anastasia, sa mère, l’impératrice Alexandra, était très soucieuse de concevoir un héritier. Elle avait déjà trois filles ; mais selon les lois russes sur la succession, une grande-duchesse ne pouvait hériter du trône qu’en cas d’absence de toute lignée masculine héritière. Or, le grand-duc Michel, le frère cadet de Nicolas II, était le suivant dans l’ordre de succession, ce qui ne plaisait pas à la famille régnante, et à l’impératrice Alexandra en particulier.

Alexandra Fiodorovna et Anastasia
Archives fédérales d’Allemagne

Cette dernière a alors plongé dans le mysticisme philistin. En 1901, un hypnotiseur et charlatan français nommé Nizier Anthelme Philippe a fait son apparition à la cour de Russie. Ses méthodes étaient vraiment « impressionnantes » : il a par exemple offert en cadeau à Alexandra une icône avec une petite cloche qui « l’alarmerait lorsque des gens mal intentionnés s’approcheraient d’elle ». Philippe a également « prédit » la naissance d’un fils, et bientôt, Anastasia est née, à la grande déception de nombreux membres de la famille impériale (à l’exception de sa mère et de son père, bien sûr). « Alix [diminutif d’Alexandra] a donné naissance à une fille – encore ! », a écrit Maria Fiodorovna, la mère de Nicolas, à sa fille, la grande-duchesse Xenia.

Nizier Anthelme Philippe, surnommé Maître Philippe
Domaine public

Qui était vraiment Anastasia ?

Il n’y a pas beaucoup d’informations sur la vie privée d’Anastasia, principalement parce qu’elle ne différait pas réellement de celle des autres filles du tsar. Elle a reçu une éducation formelle à la maison, bien qu’elle n’ait pas été une étudiante assidue. Elle aimait chanter et danser, et peignait fréquemment des aquarelles.

Anastasia
Domaine public
Pendant la Première Guerre mondiale, Anastasia, tout comme ses sœurs, s’est portée volontaire comme infirmière au palais de Tsarskoïé Selo, dont beaucoup de chambres avaient été transformées en salles d’hôpital.
Anastasia et Nicolas II
Domaine public
Après la Révolution de 1917 et l’abdication de Nicolas, celui-ci et sa famille (dont Anastasia) ont été déportés en tant que prisonniers à Tobolsk, puis à Ekaterinbourg, où le 18 juin 1918, Anastasia célèbrera son dernier anniversaire.
Nicolas II et ses filles, Olga, Anastasia et Tatiana, à Tobolsk durant l’hiver 1917
Domaine public

Quelles ont été les circonstances de la mort d’Anastasia ?

Anastasia et sa famille ont été fusillées le matin du 17 juillet 1918. Leurs corps ont été emmenés à la mine des Quatre-Frères, près du village de Koptiaki, à 20 kilomètres d’Ekaterinbourg. Là, les corps ont été brûlés à l’acide sulfurique, de sorte qu’ils ne puissent être identifiés, puis ont été jetés dans la mine. La nuit suivante, Iakov Iourovski, le principal responsable de l’exécution, est retourné avec ses assistants sur place afin d’exhumer et de déplacer certaines des dépouilles vers un autre endroit. Cette mesure avait pour but de brouiller toute recherche des restes de la famille impériale. Si quelqu’un venait à en trouver une partie, leur nombre ne correspondrait ainsi pas.

Près de la mine des Quatre-Frères
Anatoli Semekhine/TASS

Quand les restes d’Anastasia ont-ils été découverts ?

Les restes de Nicolas, Alexandra et de trois de leurs filles (dont Anastasia, par déduction ultérieure) ont été découverts pour la première fois en 1979 à Porosionkov log (le Ravin des porcelets), à environ 6 kilomètres de la mine, mais ont été gardés secrets jusqu’à l’effondrement de l’URSS. D’autres enquêtes en 1991 ont montré que les restes d’Alexis et de l’une des filles, la grande-duchesse Maria, avaient toutefois disparu du site. En 2007, ils ont finalement été retrouvés dans une autre fosse à proximité, leur identité ayant été confirmée l’année suivante grâce à une expertise génétique. D’autres recherches menées en 2019 par le Comité d’enquête de Russie ont confirmé les résultats, qui ont également été approuvés par une partie désintéressée – Michael Coble, du Laboratoire d’identification de l’ADN des forces armées américaines à Rockville, dans le Maryland.

Porosionkov log
Domaine public

Combien de femmes se sont fait passer pour Anastasia ?

Les rumeurs selon lesquelles Anastasia aurait réussi à échapper à la fusillade de la famille du tsar et à survivre sont apparues immédiatement après 1918 dans les cercles européens d’émigrés russes. En 1920, à Berlin, une jeune femme, dont le nom se révèlera être Anna Anderson, a été empêchée par un policier de sauter d’un pont. Elle était apparemment dans un état de dépression nerveuse et a été envoyée dans un institut psychiatrique à Dalldorf (aujourd’hui Wittenau, l’un des quartiers de Berlin). Deux ans plus tard, elle a contre toute attente prétendu être la grande-duchesse Anastasia. Nous vous en parlions dans cet autre article.

Parmi les autres fausses Anastasia célèbres, citons Eleonora Krüger (1901-1954), qui s’est fait passer pour la grande-duchesse dans un village bulgare, Nadejda Vassilieva (?-1971), ayant souffert d’une maladie mentale et passé des années dans des institutions psychiatriques et des prisons en URSS pour finalement mourir de faim dans un asile sur l’île de Sviajsk, au Tatarstan, et Natalia Belikhodze, une Géorgienne qui s’est « révélée » être Anastasia en 1995. Elle est morte en 2000 et est considérée comme la dernière fausse Anastasia. Au total, plus de 30 usurpatrices ont été recensées. Un Russe, Anatoli Ionov (né en 1936), a même affirmé être le fils de la grande-duchesse !

Eleonora Krüger
Domaine public

Source: Russia Beyond